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 Vous êtes ici: Accueil >  Sommaire des numéros parus >  N°96 décembre 2007

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        Darwinisme et néo-darwinisme versus créationnisme

        Évolution

        Jean-Baptiste de Panafieu est un fondateur et toujours collaborateur du Poivron. Il nous explique le fond de son dernier livre, Evolution.

    Qu’est-ce que la théorie de l’évolution ?

    C’est une façon de décrire l’histoire des êtres vivants, avec les mécanismes de transformation des espèces au cours du temps. Ce n’est pas une théorie au sens d’une simple hypothèse, comme la théorie de l’inspecteur qui essaye de résoudre une énigme dans une enquête policière. Cela s’appuie sur un ensemble de preuves très impressionnant, accumulées depuis un siècle et demi.

    Qu’est-ce qu’elle dit, cette théorie ?

    Que les êtres vivants se transforment au cours du temps, en fonction des contraintes du milieu dans lequel ils vivent. Ils le font grâce à des mutations qui se font au hasard et qui sont triées par ces contraintes, c’est ce qu’on appelle la sélection naturelle et sexuelle.

    Cette sélection n’est-elle pas un germe du racisme ?

    On a beaucoup dit que Darwin était à l’origine des théories eugénistes et racistes. Il n’était ni raciste ni eugéniste. Il était même très opposé à l’eugénisme, il s’est battu par exemple contre l’esclavage. Cette idée repose sur une mauvaise lecture de ce que peut être la sélection naturelle. On pourrait résumer cela par la survie du plus fort par rapport au moins fort. Mais, en réalité, la sélection naturelle n’aboutit pas à la survie du plus fort mais du mieux adapté aux conditions du milieu. Ce n’est pas forcément le plus fort, ça peut être le plus rapide, le mieux camouflé. Et c’est surtout celui qui laisse le plus de descendants quelles que soient ses qualités individuelles. C’est là où la sélection sexuelle est beaucoup plus importante que la sélection naturelle, la survie de l’espèce que la survie de l’individu.

    Qu’est-ce que le néo-darwinisme ?

    C’est une nouvelle version du darwinisme, apparue dans les années 1950, et qui ajoutait au darwinisme traditionnel la génétique. Celle-ci a permis de donner une explication à ce que Darwin appelait les variations, c’est-à-dire la différence entre les animaux qui fait que chaque individu a des capacités propres dans son milieu. Et le néo-darwinisme a repris toute la génétique en montrant que ces variations arrivent par hasard, exactement comme le supposait Darwin, et peuvent être triés par sélection naturelle. Par la suite, le néo-darwinisme des années 50 a été critiqué dans ses aspects un peu trop rigides et maintenant on a quelque chose de plus vaste qui englobe le darwinisme initial, la génétique et la biologie moléculaire, mais qui, depuis, s’est ouverte à beaucoup d’idées supplémentaires.

    C’est-à-dire ?

    Par exemple, l’idée qu’un certain nombre de variations pourraient être neutres et ne pas donner d’avantages ni d’inconvénients aux individus. Une bonne part de ces variations se produisent par hasard mais ne sont pas sélectionnés par la sélection naturelle ou sexuelle. Il y a des rhinocéros à une et à deux cornes. Est-ce qu’on peut considérer que certains rhinocéros ont deux cornes parce que c’est mieux pour eux d’avoir deux cornes dans leur milieu ? Si on regarde les milieux dans lesquels vivent les différentes espèces de rhinocéros, on n’arrive pas à comprendre s’il y a vraiment un avantage. S’il existe, il est extrêmement faible et on peut supposer que c’est un hasard. Une autre idée qui est apparue, apportée par un paléontologue américain, Stephen Gould, c’est celle que les espèces ne se transforment pas de façon continue et très régulière comme le supposait Darwin, par toutes petites variations. Mais il peut y avoir des variations beaucoup plus brutales qui peuvent se passer en quelques années ou quelques dizaines d’années dans une petite population isolée des autres populations, et qui vont s’étendre ensuite. On a appelé cela la théorie des équilibres ponctués.

    Pourquoi les théoriciens de la création ont-ils tort ?

    Ce n’est pas une théorie, mais une croyance qui se situe dans un autre domaine que la science. Les procédures de discussion ou de vérification d’hypothèses n’ont pas cours dans une croyance. On croit ou on ne croit pas, c’est du domaine de l’intime. Ce qui est gênant dans le créationnisme, c’est quand les créationnistes se prétendent scientifiques. Or, ils n’en ont ni les méthodes ni les résultats.

    Propos recueillis par Jean-Louis Peyroux

    Évolution, 23 décembre

    L’auteur sera présent à la librairie Folies d’Encre (9 avenue de la Résistance) le dimanche 23 décembre, de 10 h à 12 h30

    Evolution, de Jean-Baptiste de Panafieu, photos de Patrick Gries, éd. Xavier Barral, 288 pages, 49,90 euros.


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