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Le non du rêve et le oui de l’action La cause semble entendue : voter oui, c’est voter pour Chirac et pour l’ultra libéralisme. Ce traité est mauvais, il faut en pondre un autre. En bref : échangerait Constitution Bourgeoise contre Lendemains Qui Chantent. « Une autre Europe est possible » ? La cause est entendue, mais uniquement en France. Dans tout le reste de l’Europe, les syndicats, les partis de la gauche parlementaire et les Verts appellent à voter oui à ce traité qui certes réaffirme le libéralisme économique de l’Europe actuelle, mais qui propose aussi des avancées (renforcement du rôle du parlement européen, mise en avant de principes tels que le développement durable, l’égalité des hommes et des femmes, reconnaissance de « l’exception culturelle » et de l’importance des services publics...). De plus, avec qui pourrait-on renégocier le traité ? Avec des gouvernements pas franchement à gauche et qui verraient d’un bon œil la suppression de ces points positifs ? Avec les nouveaux arrivants, dont certains sont franchement papistes et pro-américains ? On peut déjà préparer les appels à voter Non à ce deuxième projet ! Un traité pour l’éternité ? L’une des plus vives critiques des opposants au TCE est que ce traité serait coulé dans le bronze : les mêmes, ou d’autres plus anciens, affirmaient déjà il y a 40 ans que l’unanimité serait impossible à 6, puis à 15. Elle sera donc tout autant à 25 ! Pourtant, depuis Rome, tous les traités ont été ratifiés à l’unanimité et ont modifié les précédents. C’est la force de l’Europe d’avoir réussi à créer une culture du compromis et du consensus. Merde à Chirac ou non à l’Europe ? Bien sûr, il serait agréable de voter non à Chirac, à Sarkozy, au MEDEF... pour tous ceux qui subissent les conséquences de la politique chiraquienne. Mais la question posée n’est pas « souhaitez-vous garder ce gouvernement ? ». De plus, les opposants à Chirac se retrouvent coude à coude avec d’autres tenants du non aux motivations bien différentes : des souverainistes viscéralement anti-européens, de Pasqua-FrançAfrique à Chevènement-no papiers (sans parler de l’extrême droite), des barons socialistes égarés dans leurs querelles intestines, et aussi tous ceux qui, à gauche, ont toujours été contre l’Europe, des communistes à l’extrême gauche trotskiste (ces partisans proclamés d’une Europe sociale sont aussi ceux qui ont fait capoter le projet de taxe Tobin...). Construire l’Europe ou la rêver ? Que l’Europe ne soit pas capable d’empêcher les guerres à ses portes, c’est regrettable, mais cela ne retire rien à un constat, peut-être banal et pourtant difficile à écarter d’une pichenette : sur notre continent, il n’y a sans doute jamais eu de paix aussi longue depuis le paléolithique ... L’Europe réelle n’est peut-être pas aussi enthousiasmante que le rêve internationaliste, mais, dans la réalité, ce dernier a souvent tourné au cauchemar... On nous propose un premier pas dans la direction d’une Europe politique et non plus seulement économique. Il faut saisir cette possibilité, et se saisir aussi des nouveaux leviers qui nous permettront de la transformer. Pascal Audry Jean-Baptiste de Panafieu |